Curieusement, alors que ce sujet paraissait de nature à attirer mon attention, c’est un film dont j’ignorais l’existence : je l’ai découvert par hasard il y a quelques semaines, en jetant un regard distrait à un présentoir de films en DVD, qui se trouvait sur mon passage dans un grand magasin. L’Apparition, dont les deux acteurs phares sont Vincent Lindon et la jeune Galatéa Bellugi (remarquable pour incarner la voyante dans sa complexité humaine), est sorti en 2018. Il a pour réalisateur Xavier Giannoli. (Au passage, après l’avoir regardé, je me suis dit que c’est le genre de film qui montre la qualité de ce qu’est encore capable de produire le cinéma français, avec une sensibilité et une approche différentes des ficelles de la production américaine.)
Ce film semble avoir reçu un accueil contrasté de la critique, allant d’évaluations très positives à des jugements plus réservés. Pour ma part, j’ai découvert une œuvre intelligente et bien construite pour aborder un sujet qui n’était pas facile. Pour résumer dans les grandes lignes le scénario sans tout révéler : un grand reporter français, encore sous le choc d’un séjour en Syrie durant lequel son ami photographe a été tué, est appelé à Rome pour un prélat, qui demande à cet homme peu familier avec la religion ( « j’ai fait ma première communion… ») de participer à une enquête canonique pour tirer au clair une affaire d’apparition de la Vierge à une jeune fille, alors que des milliers de pèlerins commencent à venir sur le lieu des événements surnaturels supposés. Il se retrouve donc associé à une commission dans laquelle se trouvent plusieurs ecclésiastiques, mais aussi une psychiatre, avec des sentiments divergents entre eux. Et surtout, il découvre non seulement la voyante, mais aussi son entourage, tandis que les événements vont connaître une escalade dramatique.
Comme il se doit pour un film de ce genre, destiné à un large public, les traits de certains personnages sont accentués : cela permet de profiler des types humains et leurs attitudes. Mais le film ne pèche pas par simplisme et parvient à restituer le type d’atmosphère qui peut se développer autour de tels événements, et à suggérer comment leur écho peut prendre une ampleur imprévisible et donner lieu à des utilisations (et à une commercialisation) qui posent question à l’âme sincère. Manifestement, le réalisateur a pris la peine de se documenter sérieusement : selon une critique du P. Denis Dupont-Fauville, Giannoli aurait « notamment bénéficié de l’expertise de Joachim Boufflet », spécialiste français bien connu de ce sujet.
Le film place le spectateur face à un questionnement qui n’élude pas l’imposture ou l’exploitation du sacré, mais n’exclut pas le surnaturel. Que ce soit dans le contexte catholique ou dans d’autres environnements religieux, l’observateur doit savoir garder un esprit critique tout en restant sensible à la part du mystère et aux interrogations que posent (à plusieurs niveaux) les figures qui disent avoir rencontré et vu une autre réalité. Ce n’est pas facile de trouver une approche juste, et encore moins au cinéma. À cet égard, L’Apparition est une réussite en ayant abordé le sujet dans le style d’une sorte de polar religieux, mais avec sensibilité.
On peut télécharger en PDF le dossier de presse préparé pour le lancement du film:
https://medias.unifrance.org/medias/229/213/185829/presse/l-apparition-dossier-de-presse-francais.pdf
Je me suis donc décidé. Ce ne sont peut-être pas ceux que j’aurais choisis si j’y avais réfléchi dans ma bibliothèque, tranquille et reposé. Mais, curieusement, ce sont tous des livres que j’avais lus à l’âge de 17 ans : intéressant que ces titres me viennent à l’esprit, tant d’années plus tard. Deux sont des romans, l’autre un ouvrage théologique : cela ne surprendra pas ceux qui connaissent ma biographie et mes intérêts.
Le deuxième titre est un roman publié à l’origine en 1972 par l’éditeur français Robert Morel, Le Trêtre, sous la signature de Lavr Divomlikoff. Il s’agissait d’un anagramme du nom de Vladimir Volkoff, dont j’ai lu presque tout l’œuvre avec délectation. ce roman d’espionnage a été depuis republié sous le vrai nom de son auteur. C’est l’histoire d’un agent de renseignement soviétique infiltré dans les rangs du clergé pour espionner l’Église et les croyants, et obligé de devenir un prêtre irréprochable pour accomplir sa mission — ce qui explique le jeu de mot du titre. Je me souviens que ce livre m’avait été recommandé par l’inoubliable relieur lausannois Claude Zeller, qui était également diacre dans la petite paroisse locale de l’Église catholique orthodoxe de France (ECOF). Dans le sillage du thème de ce roman, il faut lire un autre ouvrage de Volkoff, Le Retournement, qui contient des scènes inoubliables, comme la confession d’un major du KGB à un prêtre orthodoxe.
Enfin, le troisième titre était une lecture improbable à l’âge de 17 ans : un ouvrage théologique de Myrrha Lot-Borodine, La Déification de l’Homme selon la doctrine des Pères grecs, préfacé par le cardinal Jean Daniélou, et publié en 1970 aux Éd. du Cerf. Ce volume m’avait été recommandé par un vieil évêque indépendant, Mgr Louis-Paul Mailley, qui — âgé de 60 ans de plus que moi — prenait la peine de répondre longuement à mes courriers (« mon cher petit ami… ») et de me faire de pertinentes suggestions. Je n’étais pas en mesure de comprendre vraiment tout ce que j’y lisais, mais ce que j’en avais compris me bouleversa, et ne fut certainement pas étranger à mon orientation vers l’Orthodoxie, deux ans plus tard.

